LA NOUVELLE STAR N’EN FAIT-ELLE PAS TROP AVEC LES RESEAUX SOCIAUX ?

Cette année, l’émission de télé-crochet musicale, La Nouvelle Star (diffusée sur la chaîne de la TNT, D8), passe une nouvelle vitesse sur la route du recours aux réseaux sociaux. Car non content de diffuser régulièrement à l’écran les tweets des téléspectateurs-internautes, ces derniers ont dorénavant la possibilité d’attribuer une « couleur » aux prestations des candidats (bleu s’ils ont aimé, rouge dans le cas contraire), privilège jusqu’ici réservé aux membres du jury (André Manoukian, Sinclair, Maurane et Oliver Bas). Difficile d’ailleurs d’échapper à ce nouveau mode de communication, tant il imprègne le programme. En effet, récapitulons brièvement cette lourde présence : d’abord, les appels (très) répétés de l’animateur (Cyril Hanouna) incitant les téléspectateurs à tweeter, puis les bandeaux en bas d’écran demandant – et diffusant – l’avis des internautes, mais aussi la « couleur » attribuée par ces derniers aux candidats, ou encore les tweets diffusés à l’écran, et enfin le fait que tous ces avis soient en plus commentés en direct par les protagonistes de l’émission (candidats, animateur, jury, et même le public qui n’hésite pas à acclamer ou huer les opinions de leurs collègues téléspectateurs ).

Avec autant d’acharnement, nous pourrions presque croire que l’activité sur Twitter ou Facebook est devenue tout aussi primordiale que le niveau réel de l’audience des téléspectateurs. Mais face à cette profusion, attention à l’overdose ! Car ces apparitions de plus en plus systématiques de tweets et avis peuvent parfois devenir quelque peu agaçantes. Tout du moins, cela peut potentiellement détourner l’attention du téléspectateur de ce qui devrait théoriquement être uniquement en jeu à ce moment-précis : la prestation du candidat.

Nouvelle Star 1

Mais alors, pourquoi tant insister ? Pourquoi tant inciter les téléspectateurs à s’exprimer sur les réseaux sociaux ? En premier lieu, pour leur force fédératrice. Car de vraies et influentes communautés se créent sur Facebook et Twitter. Des communautés de téléspectateurs qui s’engagent pour un programme, le commentent, et par là même, le diffusent au sein de la sphère numérique. En outre, plus on parle du programme, plus il devient l’un des « trending topics » du jour, contaminant peu à peu un nombre toujours plus grand d’internautes. Or, plus le programme est connu, plus il sera potentiellement regardé : somme toute, le B.A-BA de la publicité.

Seulement voilà : comment concrètement mesurer cet impact ? Comment réellement s’assurer que la popularité sur les réseaux sociaux induira une meilleure audience pour le programme ? Pour les plus optimistes, cela reste encore à prouver. Pour les sceptiques, rien n’est moins sûr. D’abord, parce que seule une faible part de la population française utilise aujourd’hui activement les réseaux sociaux (début 2012, seuls 5,2 millions de français avaient un compte Twitter, selon une étude menée par l’institut Semiocast [1]). Dès lors, on peut facilement imaginer que sur des émissions aussi populaires que La Nouvelle Star ou encore The Voice, la plupart des téléspectateurs ne soient pas utilisateurs des réseaux sociaux.

Par ailleurs, si l’on y regarde de plus près, les avis diffusés en direct sur La Nouvelle Star, ne concordent pas toujours avec l’issue réelle de l’émission : à savoir l’élimination chaque semaine, par le public, d’un candidat. A plusieurs reprises en effet, des candidats ayant reçu un « bleu » (donc, un vote favorable) de la part des internautes, ont tout de même été éliminés en fin d’émission. Preuve en est que cette communauté d’internautes ne reflète pas systématiquement l’avis de ceux qui votent. Et cela n’est pas anecdotique, car il existe bel et bien une différence entre le simple fait de publier son avis sur Internet, et celui de s’engager au point de voter pour soutenir un candidat, et de débourser au passage le prix d’un appel ou d’un sms. Dès lors, si prendre en compte ces avis postés en ligne reste un bon indicateur de ce qui marche – ou ne marche pas – dans l’émission, il ne faut surtout pas faire l’amalgame entre une communauté d’internautes bien spécifique, et un ensemble très divers des téléspectateurs et de « fans » de l’émission.

Nouvelle Star 2

Toutefois, malgré ces imprécisions, l’utilisation des réseaux sociaux reste – dans une certaine mesure – pertinente. D’abord, parce qu’il s’agit d’ancrer ce type de programme dans une tendance sociétale participative. Plus précisément, en faisant du téléspectateur un protagoniste de l’émission, on fait ce que nous pourrions qualifier de « télévision sociale », une télévision où le téléspectateur ne serait plus seulement envisagé comme un consommateur du programme, mais comme un « consommacteur ». L’intention semble alors être de vouloir donner un statut au téléspectateur, à partir duquel ce dernier s’envisagera comme l’égal des experts présents en plateau (en l’occurrence, le jury de La Nouvelle Star) et de leur parole sacrée. Somme toute, une façon illusoire de réduire le clivage entre ceux qui « font » la télé, et ceux qui la regardent (du populisme ? …). Cette stratégie est d’ailleurs plus que jamais en vogue sur nos écrans. Dernier exemple en date : L’émission pour tous diffusée quotidiennement sur France 2, animée par Laurent Ruquier, avec pour concept phare de donner voix au chapitre au public de l’émission (cette fois-ci, présent sur le plateau).

D’autre part, n’oublions pas que ce type d’émission (La Nouvelle Star) est en grande majorité produite pour – et consommée par – un public jeune, ces mêmes jeunes qui utilisent le plus les réseaux sociaux. Il semble alors évident et indispensable de prendre en compte leurs nouveaux modes de communication et d’information.

Enfin, et malgré une utilisation encore faible de Twitter (si l’on considère l’ensemble des téléspectateurs), ce qu’il s’y passe est paradoxalement largement diffusé et su par le public et les professionnels. Ainsi, lorsque l’émission de Sophia Aram sur France 2 subit une déferlante de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux, tous s’en sont fait le relais (des médias aux professionnels, en passant par les téléspectateurs), ne faisant rien de moins que de nourrir une notoriété néfaste pour l’émission. Dès lors, comment ne pas considérer Twitter comme un leader d’opinion, faisant et défaisant les réputations de ses sujets. Et face à une Twittosphère bien souvent virulente et sévère, ces émissions populaires comme La Nouvelle Star filtrent sans complexes les Tweets qu’ils choisissent de diffuser, ne laissant passer – majoritairement – que les messages bienveillants et aseptisés.

Nouvelle Star 3

Ainsi donc, le paradoxe est intéressant : alors même que les réseaux sociaux ne sont pas en majorité utilisés par l’ensemble des téléspectateurs, leur utilisation est tout de même devenue un réel enjeu pour les producteurs de ce type d’émission, y voyant à la fois un indice de notoriété et un pouvoir d’influence, mais aussi le moyen de revendiquer être une télévision sociale et participative, qui implique et valorise ses téléspectateurs.

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