LE FINANCEMENT PARTICIPATIF SUR INTERNET : UN NOUVEAU SOUFFLE POUR LE CINEMA ?

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Financer son  film grâce à la seule générosité des internautes ? C’est la séduisante promesse portée par le financement participatif sur Internet, aussi appelé « crowdfunding ». Mais au-delà de cette vision utopiste des choses, que peut-on réellement attendre de ce nouveau modèle économique ?

D’un point de vue purement financier, force est de constater que le financement participatif est encore loin de révolutionner les modèles de production « classiques » de l’industrie cinématographique (surtout en France, les États-Unis étant déjà plus coutumier du fait). Certes, il s’agit d’un coup de pouce non-négligeable (notamment pour les films indépendants), mais néanmoins minime dans l’ensemble du budget nécessaire pour monter un film. Le « crowdfunding » n’est donc pas encore prêt à se substituer totalement aux modes de financement traditionnels, sans compter qu’il ne résout pas les problèmes de diffusion auxquels sont confrontés nombre de « petits » projets (le financement participatif ne garantit pas au film de trouver un distributeur, un exploitant de salles, ou une diffusion en télévision).

Mais ne nous cantonnons pas à la seule dimension financière de la production cinématographique. En effet, le « crowdfunding » apparaît être un atout de plus en plus pertinent à bien d’autres égards. Tout d’abord, le financement participatif se révèle être une solution adéquate afin de contourner un système de production  parfois un peu trop bien huilé… En se positionnant comme financement alternatif, il permet de soutenir des projets « boudés » par la voie classique et « mainstream » de la production audiovisuelle. En concentrant leurs investissements sur des films militants, originaux, audacieux, engagés… les internautes contestent la « censure » appliquée par les leaders de l’industrie, et une économie bornée au « star-system ». C’est ainsi qu’Entre leurs mains (de Céline Darmayan), documentaire  sur l’accouchement à domicile qui n’a pas réussi à trouver d’investisseurs « traditionnels », a vu le jour grâce à la plateforme de financement participatif Touscoprod (http://www.touscoprod.com/). Le « crowdfunding » est ainsi un réel moyen de faire émerger de nouveaux talents, et d’assurer une diversité culturelle, si chère à notre pays. Et même les « majors » y trouvent  leur compte : cela leur permet en effet de repérer des œuvres à haut potentiel, qu’ils n’auraient pas eu l’audace de découvrir eux-mêmes, compte-tenu de l’incertitude de la valorisation inhérente à tout produit culturel.

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Le financement participatif donne donc une visibilité inespérée à des films singuliers. Une visibilité d’autant plus forte que le projet est soutenu par toute une communauté : telle une logique de fans, les « investisseurs-internautes » vont s’organiser (notamment sur les réseaux sociaux) en tant que communauté militante et porter le projet jusque dans sa diffusion en salles. Ils assurent une audience, créent de l’évènement autour du film, s’en font l’écho… Cette dimension communautaire agit comme un moteur et devient même une stratégie marketing des plus pertinentes, en ce sens qu’elle fait exister le film, avant même sa réalisation ! Dès lors, il apparaît comme crucial de fidéliser cette communauté ; à cet effet,  le réalisateur se doit d’y mettre du sien, et de s’initier au « multitasking » : réalisateur, mais aussi communicant, publicitaire, expert en réseaux sociaux…

Mais quel est donc l’élément déclencheur qui pousse les internautes à investir sur tel ou tel projet ? Au-delà de la volonté de soutenir un proche, un ami, ou simplement un film que l’on considère intéressant, le « crowdfunding » est porteur de valeurs purement artistiques, bien loin de toutes considérations économiques. En effet, les investisseurs sont tout à fait conscients du fait qu’ils n’auront pas, ou peu, de retour sur investissement d’ordre financier. Les contreparties sont en fait symboliques (affiches de films, produits dérivés, places pour les avant-premières, ou encore la possibilité de donner son nom à l’un des personnages du film !). De cette façon, les internautes apparaissent comme donateurs, plus que comme de réels investisseurs ou coproducteurs (d’autant plus que juridiquement ils ne sont pas reconnus comme coproducteurs en tant que tels). Dans cette approche, nous pouvons considérer le financement participatif comme valorisant, comme un financement pour l’amour de l’art.

En quelques mots, si le financement participatif est encore malheureusement limité d’un point de vue financier, il prend cependant toute son ampleur dès lors qu’il permet de porter des films difficiles à monter (des films dits « à la marge »), sans compter son fort pouvoir marketing, basé sur le concept du « do-it-with-others» : des films montés grâce à l’appui de toute une communauté d’internautes très actifs, passionnés par cet art incroyable qu’est le cinéma, et toutes les valeurs qu’il véhicule.

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Une réflexion au sujet de « LE FINANCEMENT PARTICIPATIF SUR INTERNET : UN NOUVEAU SOUFFLE POUR LE CINEMA ? »

  1. Cela me rappelle quelque chose 😉 et toi tu as déjà été donatrice sur une plateforme de crowdfuning ?

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