QUAND LA PRESSE MAGAZINE PENSE ET UTILISE L’IMAGE COMME UN VERITABLE OUTIL MARKETING.

Comment et pourquoi la presse magazine use-t-elle de la puissance de l’image ? Plus précisément, comment un magazine cinématographique choisit-il de se servir de l’image comme d’un véritable outil marketing, pensé dans le cadre d’une stratégie commerciale, et ce, en vue de séduire et d’attirer le lecteur ?

Prenons l’exemple concret d’un magazine, l’un des plus connus et vendus en France : Studio Ciné Live. Soyons encore plus précis, en nous appuyant sur l’analyse de l’un de leurs dossiers (publié dans le numéro de Mars 2013), celui dédié au dernier film du réalisateur américain de cinéma indépendant : Spring Breakers d’Harmony Korine.

Parce que Studio Ciné Live offre ici à ses lecteurs un style et un traitement journalistiques loin d’être anodins, pour ne pas dire, pensés stratégiquement. Le magazine fait en effet le choix de placer l’image au cœur de son dossier, quitte à la substituer franchement au texte et à l’analyse critique et profonde qu’un magazine cinématographique est théoriquement censé produire. Car ici, l’image envahit tout, elle est tout, et fait passer le texte au second plan, en quelques lignes, telle une légende :

Studio1

Plus encore, l’image se fait ici « image-pulsion » (sans faire référence à la notion deleuzienne), dans la mesure où elle met en scène – de manière plutôt grossière – les corps adolescents de ces jeunes filles en maillot de bain, dans des poses pour le moins lascives et provocantes. Il s’agit donc précisément de faire appel aux pulsions du désir, aux pulsions sexuelles, sans aucune sublimation possible. Dès lors, la faculté de pensée et d’analyse du lecteur s’en trouve comme anesthésiée par cette invasion violente et ensorceleuse de l’image. D’autant plus que le texte accompagnant ces images est presque anecdotique, incapable de stimuler l’analyse, la raison et la pensée éclairée du lecteur. Effectivement, il s’agit d’un texte presque exclusivement orienté vers les actrices (à travers des informations stériles, telles que leurs dates et lieux de naissances, leurs filmographies et autres anecdotes sur leurs vies amoureuses), dans une négation quasiment totale du film (théoriquement sujet du dossier, rappelons-le). Sans compter que nous faisons ici face à la simple restitution des interviews fournies par le dossier de presse du film (produit par la société Mars Distribution). Autant dire que le travail journalistique est là plus que réduit à son minimum.

Cette utilisation de l’image est d’autant plus ironique que le film d’Harmony Korine dénonce justement ces mécanismes de pulsions (sexuelles, criminelles, addictives etc.), en mettant en scène et en interrogeant les pulsions adolescentes de ses personnages, nourries par une société américaine consumériste, et les conduisant fatalement vers un destin morbide et mortifère.

Intéressons-nous maintenant plus en détails au choix des images. Ces dernières sont brutes, sur un fond neutre, sans sublimation quelconque,  n’offrant ainsi que la vision de ces corps dénudés. Et comment ne pas y voir un choix conscient et stratégique quand on sait que le dossier de presse du film offrait d’autres images bien plus esthétiques, bien moins pulsionnelles, que celles choisies par Studio Ciné Live. En voici des exemples :

Studio2

Ainsi, dans son traitement journalistique, le magazine substitue clairement l’image au contenu et à l’argumentation. Studio Ciné Live adopte un système d’écriture pulsionnel, pensé dans le but d’éveiller les mécanismes de pulsion de ses lecteurs, grâce à la force manipulatoire, régressive (voire bêtifiante), hypnotique et divertissante de l’image. Et ce, dans une stratégie de séduction du lecteur : le charmer, l’amuser, le fidéliser.

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